Le marché n’a pas de limite. Pour les sceptiques qui grognent confortablement installé devant leur ordinateur, une nouvelle preuve est apparue : la campagne publicitaire des enseignes Leclerc quant à la vente de médicaments dans ses rayons. J’avoue que je regarde très peu la télévision. Mais j’ai bondi de mon canapé quand j’ai vu pour la première fois ces réclames, il y a de cela quelques semaines.
Tout d’abord sur la forme. Michel-Edouard Leclerc, héritier et PDG du groupe Leclerc, est un habitué du lobbying acharné. Lutte pour l’abrogation de la loi Royer, pour l’abrogation de la loi Galland (celle qui la remplace est surnommé « loi Leclerc », ce dernier étant grandement impliqué dans sa mise en œuvre, comme en témoigne sa déclaration : « j’avais convaincu le président Sarkozy de m’en occuper »).
Mais avec ses nouveaux spots publicitaires, Leclerc s’attaque directement au lobbying le plus mesquin : non pas face à des députés véreux et corruptibles (qu’ils soient Français ou Européens), mais face au citoyen lambda, qui s’il n’est pas assez renseigné peut vite être séduit de trouver sa boîte de dolipranes à côté d’un sachet de bonbons Haribo. Et oui, le terme lobbying n’est pas exagéré. Il ne propose aucun produit dans cette pub, il ne vend rien, sinon un projet. Pour ceux qui auraient échappé à cette propagande abjecte, voyez plutôt :
Ce qui m’amène à parler du plus grave, c’est-à-dire le fond du sujet. Plusieurs problèmes se juxtaposent : tout d’abord, M.E.L. n’a qu’une seule ambition – qui n’est certes pas très originale quand on est à la tête d’un très grand groupe côté au CAC 40, leader de la grande distribution sur le territoire français. Allez, un indice : il se fout éperdument de votre pouvoir d’achat. Ca y est, vous avez trouvé ? Bien sûr, le profit. Un profit si grand qu’il n’a plus vraiment de valeur réelle. Que peut bien représenter 34,7 milliards d’euros (chiffre d’affaire en 2008) ? Même s’il devait perdre 50 % de son chiffre d’affaire, cela le ramènerait à 17,35 milliards. Un bénéfice somme toute assez juteux, mais jamais suffisant. Car la course au profit maximum, en bernant les gens tout autant, est la sainte règle du capitalisme. On peut presque voir gravé sur leur front ce qui est leur devise : Fructus ars boni et aequi*. Et si on doit écraser tout obstacle, et bien soit ! Mais à vrai dire, les obstacles s’écartent vite quand on a d’un côté un PDG tel Michel-Edouard Leclerc, et un président tel Nicolas Sarkozy.
Le deuxième problème est donc la complicité du système. M.E.L veut, Sarko apporte. M.E.L. hausse le ton, Lagarde va se frotter contre la jambe du maître. Triste, n’est-ce pas ? mais au combien réel.
Le troisième problème se trouve dans ce que réclame Leclerc : la vente de médicaments non-remboursés dans ses rayons. Et même s’il s’agit d’une question de santé publique, qu’importe ! Qu’importe si le surdosage de paracétamol est la première cause de défaillance du foie dans des pays comme les Etats-Unis ou l’Angleterre où, bizarrement, la vente de médicaments est libre dans des boutiques. Qu’importe si le « client » doit se passer des conseils du pharmacien de quartier pour avoir plutôt à faire à un commerçant quelconque.
Le quatrième problème est l’argumentation déployée pour défendre ce projet : baisser le prix du médicament en libéralisant le marché. Quel gag ! Le libéralisme comme justicier du pouvoir d’achat. Pourtant, si le point central est la diminution des prix des médicaments non-remboursés, la solution pour nos chers législateurs serait simple. Harmoniser la TVA entre les produits remboursés (TVA à 2,1%) et ceux qui ne le sont pas (TVA à 5,5%), en baissant ces derniers à 2,1 %. Mais les bénéfices pour les groupes comme E. Leclerc seraient un peu lésés. Et si le pouvoir cherchait le meilleur pour les citoyens plutôt que pour les élites économiques, on serait au courant. Donc, autant laisser faire, le marché s’occupe de tout, et sans personne pour l’arrêter.
Allez, pour conclure je vous laisse avec cette vidéo que j’ai trouvé sur youtube.
Damien P.
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* Le profit est l’art du bien et du juste