La loi du 12 juin 2009 « favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet », dite Hadopi, a provoqué une polémique légitime et a été déclaré partiellement inconstitutionnelle par le Conseil Constitutionnel, le 10 juin 2009. Hadopi 2 (modifiant la loi originelle) a été définitivement voté fin septembre et le ministère de la culture prévoit son application pour début 2010 (selon Le Monde). Je ne reviendrai pas sur le contenu général du texte largement médiatisé et débattu, mais plutôt sur le traitement médiatique du sujet, spécialement sur le web. En effet, alors que je me m’informais sur la question (exclusivement sur la toile), j’ai eu le même sentiment que lorsque je m’informe dans les médias officiels : un gout amère.
Je n’approuve pas Hadopi. C’est une façon comme une autre de renvoyer la responsabilité à l’internaute moyen, et tout ça pour ne pas reconnaître qu’on ne cherche même plus à condamner Google et autres pour violation de la propriété industrielle, culturelle et intellectuelle. C’est comme si on voulait condamner celui qui écoute à la radio une émission clandestine à la place de condamner celui qui la diffuse. Contrairement aux dires des publicités mensongères, l’internaute ne vole rien quand il se procure un document qu’on lui permet d’obtenir gratuitement sur internet qu’il paye. Au pire il s’agit de recèle ; le voleur est celui qui se l’est procuré de façon illicite et qui le transmet (gratuitement ou non) sans droit ni titre.
L’internaute libre, en général, semble être de mon avis au sujet d’Hadopi. La médiatisation sur la prétendue liberté d’internet me semble pourtant douteuse dans ce cas là. Liberté sociale peut-être, mais la liberté intellectuelle parait profondément entamée. Je n’ai trouvé sur le net qu’une information partielle (non pas superficielle), partisane, voire malhonnête.
Numerama.com qualifiait Hadopi 2 « de rustine de la censure du conseil constitutionnel », ce qui n’est pas absolument faux mais clairement subjectif. L’article ne répertorie par ailleurs que des éléments, pris hors de leur contenu, évoquant des atteintes aux libertés. Le journal d’un avocat (maitre-eolas.fr), qui ne se veut pas forcément être objectif, fait tout de même une satire peu originale de Hadopi où il attaque directement le Président de la république tout autant que les juges et les procureurs, ce qui n’est pas de bonne guerre à mon goût, et politiquement trop orienté pour inspirer ceux qui n’ont pas ses engagements.
Tous ne disent au final que la même chose sur une poignée d’articles de la loi, sans mettre le débat en balance. Pourquoi répéter ce que tous les autres ont déjà dit alors? Certains sites comme laquadrature.net déclarent même en haut lieu (sic) qu’Hadopi 2 est inconstitutionnel comme si leur analyse juridique liait les juges. Par ailleurs Hadopi 2 a bien corrigé la première version en considération des censures du Conseil Constitutionnel.
Un autre argument biaisé : la sanction est prononcé par ordonnance du juge (sans débat contradictoire) qui violerait les droits de la défense. Ce n’est pourtant pas Hadopi qui a inventé cette procédure; le droit à la défense n’est pas atteint puisque la procédure judiciaire classique peut être engagé sur demande…
Tout comme dans le monde des médias officiels, le média spontané d’internet a ses propres mérites. Les quelques sujets que l’on trouve chez l’un ou l’autre pour lesquels les idées et informations sont à l’unisson viennent cependant éroder notre confiance en eux. Chacun se repli sur ses propres sources d’information qui ne jouent absolument plus un rôle de découverte mais de confort moral.
Internet n’est pas toujours indépendant; le problème n’est pas tant la pensé unique que le clivage des différents partisans qui prêchent tous pour leur paroisse. On ne trouve que des critiques techniques ou pratique sur Hadopi parce que l’internaute ne peut pas justifier pleinement le téléchargement illégal alors même qu’il n’en voit pas de méfait réel.
Les frontières entre nous ne sont pas seulement sociales, ethniques, religieuses ou culturelles, elles sont aussi intellectuelles.
Dans tous les cas, les médias sont soit pour soit contre Hadopi. On ne peut les concevoir sans appartenance à un clan.
Cyril P.